
Selon ces auteurs, la faible inflation des trente dernières années ne s’explique pas uniquement par l’action des banques centrales, le ciblage de l’inflation ou l’ancrage des anticipations.
Elle résulte aussi de transformations démographiques et économiques très profondes.En effet, pendant plusieurs décennies, l’économie mondiale a bénéficié d’une forte augmentation de l’offre de travail. L’arrivée des baby-boomers sur le marché du travail, la participation croissante des femmes à l’emploi et l’intégration de nombreux pays à bas salaires dans le commerce mondial ont exercé une pression à la baisse sur les coûts de production.
La mondialisation a permis aux entreprises de produire moins cher, d’importer des biens à bas prix et de limiter les hausses salariales dans les pays développés. Ce mouvement a contribué à contenir l’inflation. Les banques centrales ont certes joué un rôle important, mais elles ont aussi agi dans un environnement structurellement favorable.
Cet environnement change. En effet, les baby-boomers quittent progressivement le marché du travail. Le vieillissement de la population réduit le rapport entre actifs et retraités, augmente les besoins de financement des pensions, des soins de santé et de la dépendance, et peut créer des tensions sur certains marchés du travail. Des dépenses publiques plus élevées peuvent accroître les déficits. Une mondialisation moins fluide peut aussi réduire les gains de coût qui avaient longtemps pesé sur les prix.En même temps, une population vieillissante génère moins de croissance.
On en arrive au scénario qui est mon intuition depuis des années : la stagflation, c’est-à-dire une combinaison de croissance anémique et d’inflation. Cette évolution place les banques centrales et les États dans une situation délicate. Pour maîtriser l’inflation, les taux d’intérêt doivent rester suffisamment élevés.
Mais des taux élevés rendent le financement des dettes publiques plus coûteux, surtout dans les pays déjà très endettés. Il peut alors devenir difficile de concilier stabilité des prix, stabilité financière et soutenabilité budgétaire. C'est particulièrement vrai pour les États-Unis, dont la dette publique est très élevée et dont les obligations constituent encore une part centrale des actifs considérés comme sûrs dans le monde.
Or, on le sait, Trump veut des taux d’intérêt bas. Cela va contribuer à alimenter l’inflation. CQFD.