Alors que tous les trois jours, l’un de nos clients se suicide …
Temps de lecture: 3 min | 11 févr. 2026 à 05:00
Guy KAHN
Président @ Experts-comptables sans frontières | Administrateur @ Forum For the Future
Chères consœurs, chers confrères,
Ce jeudi, FECOFI, cette association amie, tient son SALON sur un thème qui nous convoque toutes et tous : « Entreprises en difficulté : le rôle et la responsabilité du professionnel du chiffre ». Un sujet vital, presque brûlant, qui touche à ce que notre métier à de plus intime : l'humain.
En Belgique, une indépendant.e, une entrepreneur.e, se suicide en moyenne tous les trois jours. Trois jours. Ce chiffre, froid et sec, cache des drames silencieux : des visages que nous avons parfois vus pâlir, des mains qui tremblaient devant un résultat des comptes, des voix qui disaient« ça ira »alors que tout vacillait déjà.
Nous sommes souvent les première·ère·s à voir venir la tempête : lignes de crédit qui se tendent, arriérés qui s'accumulent, dettes sociales ou fiscales qui s'enlisent. Et pourtant, combien de fois laissons-nous ces dossiers en souffrance, faute de ne pas avoir vu nos factures honorées, soit pressés par les délais, les missions, les attestations à produire, jusqu'à oublier qu'au bout de chacune de ces situations se tient une femme, un homme, avec sa peur, sa solitude, sa fatigue ?
Nous ne sommes pas psychologues, encore moins sauveur·euse·s, mais nous sommes, à notre façon, des gardien·ne·s de confiance. Les dirigeants·e·s nous ouvrent leurs livres, parfois leurs failles, et dans ce moment de vulnérabilité, un mot, une question, une écoute sincère peuvent peser bien plus lourd qu'un plan de trésorerie. Oser dire :« Je vous sens préoccupé·e… comment allez-vous, vraiment ?», ce n'est pas sortir de notre rôle ; c'est honorer ce qu'il a de plus noble.
J'ai toujours considéré que notre métier s’assimilait à celui d'un médecin de famille de l’entreprise : nous suivons ses premières années, ses crises de croissance, ses rechutes, ses réorganisations. Lorsque la fin des soins devient inévitable, notre responsabilité est aussi d'accompagner avec respect, d'offrir, en quelque sorte, des soinspalliatifsdignes : aider à fermer sans humiliation, soutenir la personne derrière la faillite, l'aider à se relever et à se réinventer.
Je souhaite que le Salon de ce jeudi puisse entendre également la voix de celles et ceux qui ont traversé ces moments sombres : des entrepreneur·euse·s qui témoigneraient de ce que l’écoute (ou son absence), de leur expert·e-comptable a changé dans leur parcours. Leurs récits valent parfois tous les diagnostics économiques et toutes les recommandations juridiques.
Alors je vous invite, chères consœurs, chers confrères, à être des sentinelles bienveillantes, des éclaireur·euse·s d'espérance dans un environnement souvent rugueux. Prenons soin de nos clients·e·s, mais aussi de nous-mêmes, car nul ne peut porter longtemps la détresse des autres.
Un mot, un regard, un café partagé… parfois, cela ne sauve pas le monde. Mais cela peut, en réalité, sauver une vie.
Et puisqu'il nous faut nourrir cette réflexion collective, je vous invite à participer au SALON de la FECOFI consacré aux entreprises en difficulté et à la responsabilité du professionnel du chiffre. Venez y puiser des outils, mais aussi la force d'assumer ce rôle de professionnelles et professionnels du chiffre qui veille, avant tout, sur des êtres humains.