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Fiscalité, voitures, dividendes: que nous réserve vraiment l’après-carnaval ?

Décryptage du Tax TV Show – mars 2026


Une rentrée fiscale sous haute tension

Comme chaque mois, la plateforme oFFFcourse a réuni la communauté des professionnels du chiffre à l’occasion d’une nouvelle édition du Tax TV Show. Diffusée en direct et suivie par plus d’un millier de participants, l’émission poursuit un objectif constant : décrypter l’actualité fiscale et juridique pour transformer l’information en décisions professionnelles concrètes.

L’édition de mars 2026, intitulée « Que nous réserve l’après-carnaval ? », intervenait dans un contexte particulièrement chargé : dépôt d’un nouveau projet de loi-programme, multiplication des circulaires administratives, évolutions européennes et clarification de plusieurs points sensibles en droit des sociétés.

Autour d’Emmanuel Degrève, l’émission a réuni plusieurs intervenants reconnus : Sébastien Thiry (Dekeyser & Associés), Sébastien Collard (BDO), Louis Chabot (TetraLaw), Olivier Lambillon (Osborne Clarke) et Édouard-Jean Navez (MyNot). Ensemble, ils ont analysé les réformes récentes et leurs implications très concrètes pour les conseillers fiscaux, les experts-comptables et les dirigeants d’entreprise.

Au fil des interventions, un fil rouge s’est imposé : la fiscalité belge traverse une phase d’instabilité normative qui oblige la profession à renforcer sa capacité d’analyse et d’anticipation.


1. Une actualité législative marquée par des tensions de sécurité juridique

La chronique législative de Sébastien Thiry a donné le ton de l’émission : celui d’une actualité particulièrement dense, mais aussi parfois déstabilisante.

Le point central concerne le projet de loi-programme déposé fin février 2026, qui modifie plusieurs régimes fiscaux majeurs, notamment la réserve de liquidation, le VVPR-bis et le régime des droits d’auteur.

Pour Sébastien Thiry, le problème n’est pas seulement technique, mais aussi institutionnel :

« Ce qui frappe aujourd’hui, c’est la rupture entre les assurances données précédemment et certaines mesures finalement proposées. Cela pose une vraie question de confiance et de sécurité juridique. »

Le cas le plus emblématique concerne la réserve de liquidation. Alors que la loi de l’été 2025 et une circulaire administrative laissaient entendre que le nouveau régime ne s’appliquerait qu’aux réserves constituées après 2025, le nouveau projet de loi prévoit finalement une application dès les réserves constituées après le 30 décembre 2025.

En pratique, cela signifie que les réserves constituées en 2026 sur les bénéfices de 2025 pourraient être soumises au nouveau régime fiscal.

Cette évolution, largement commentée durant l’émission, constitue pour de nombreux praticiens un signal préoccupant quant à la stabilité des règles fiscales.


2. Fiscalité automobile : une réforme devenue « une lasagne de régimes »

Le premier thème technique de l’émission, présenté par Sébastien Collard, portait sur deux sujets qui touchent directement la plupart des contribuables : la fiscalité automobile et l’investissement immobilier.

Concernant les véhicules, la réforme entrée en vigueur au 1er janvier 2026 poursuit un objectif clair : accélérer la transition vers les véhicules sans émission.

Le principe paraît simple :

100 % de déductibilité pour les véhicules sans émission de CO₂,

0 % de déductibilité à terme pour les véhicules thermiques.

Mais la réalité pratique est beaucoup plus complexe.

« En pratique, nous avons superposé plusieurs régimes transitoires. Pour les conseillers, cela ressemble aujourd’hui à une véritable lasagne fiscale », a expliqué Sébastien Collard.

La clé devient donc la date de signature du contrat ou de la commande. Selon que le véhicule a été commandé avant 2018, avant juillet 2023 ou entre 2023 et 2025, les règles de déductibilité varient fortement.

Un point particulier concerne désormais les ASBL. Depuis 2026, les véhicules thermiques commandés par ces structures peuvent générer une base imposable supplémentaire via les dépenses non admises, rapprochant progressivement leur fiscalité de celle des sociétés.

Cette évolution confirme une tendance de fond : l’impôt des personnes morales se rapproche progressivement de l’impôt des sociétés.


3. Investir dans l’immobilier : personne physique ou société ?

L’autre volet analysé par Sébastien Collard concerne la fiscalité immobilière et la suppression de certaines déductions.

La disparition progressive de la déduction des intérêts pour certains investissements immobiliers privés modifie l’équilibre entre investissement en personne physique et en société.
L’analyse présentée durant l’émission a rappelé que la comparaison doit se faire sur trois phases distinctes :

  • l’acquisition,
  • la détention,
  • la revente.

Dans certains cas, la société offre des avantages immédiats, notamment grâce à la déductibilité des amortissements et des intérêts. Mais la taxation de la plus-value à la sortie peut inverser l’équilibre.

« L’immobilier en personne physique reste souvent très compétitif, notamment grâce à l’exonération de la plus-value après cinq ans », a rappelé Sébastien Collard.

Toutefois, la société conserve un avantage structurel : l’investissement peut être réalisé avec des revenus non encore taxés à l’impôt des personnes physiques.


4. Jurisprudence et Europe : deux décisions qui changent la perspective

La chronique jurisprudentielle de Louis Chabot a mis en lumière deux décisions importantes pour la pratique.

La première concerne un arrêt de la Cour d’appel d’Anvers du 16 décembre 2025, relatif aux accroissements d’impôts.
La Cour confirme que ces accroissements doivent être considérés comme des sanctions administratives à caractère pénal.

« Dès lors, le principe de la lex mitior doit s’appliquer : la loi pénale la plus douce doit être appliquée rétroactivement », a expliqué Louis Chabot.

Pour les fiscalistes, cette décision ouvre des pistes intéressantes dans certains contentieux.

La seconde décision provient de la Cour de justice de l’Union européenne, qui a donné raison à la Commission européenne dans un litige relatif aux règles CFC (Controlled Foreign Companies).
Selon la CJUE, les États membres doivent impérativement prévoir un mécanisme permettant d’éviter la double imposition internationale.

Cette décision impose à la Belgique d’adapter sa législation.


5. Rémunération des dirigeants et droit des sociétés : nouvelles lignes de force

L’intervention d’Olivier Lambillon a abordé un sujet central pour les entrepreneurs : la structuration du package de rémunération des dirigeants dans un contexte fiscal en évolution.

La future taxation des plus-values et la limitation annoncée des avantages de toute nature forfaitaires à 20 % de la rémunération pourraient modifier certaines stratégies.

Mais, comme l’a souligné l’intervenant :

« Même dans un cadre plus contraint, il reste possible de structurer des packages attractifs à condition de comprendre les nouvelles règles. »

Enfin, Édouard-Jean Navez a présenté plusieurs avis récents du Comité d’avis pour le droit des sociétés, qui vise à clarifier les zones d’ombre du Code des sociétés et des associations.

Plusieurs points pratiques ont été discutés :

  • la réduction de capital asymétrique en SA,
  • le procès-verbal d’assemblée générale de carence,
  • le mandat de protection extrajudiciaire.

Ces clarifications montrent que le droit des sociétés continue d’évoluer au contact de la pratique.


Décryptage professionnel : ce que les conseillers doivent retenir

Au-delà des réformes spécifiques, l’émission a mis en évidence plusieurs tendances structurantes pour la profession :

  • une instabilité normative accrue, qui impose une veille permanente ;
  • une fiscalité automobile devenue extrêmement technique ;
  • un rôle croissant du droit européen dans l’évolution de la fiscalité nationale ;
  • une interaction toujours plus forte entre fiscalité et droit des sociétés.

Pour les experts-comptables et les conseillers fiscaux, l’enjeu n’est plus seulement de connaître la règle, mais d’anticiper son évolution et d’en mesurer immédiatement les conséquences pratiques pour les clients.


Conclusion — comprendre l’actualité pour sécuriser les décisions

Cette édition du Tax TV Show a une nouvelle fois illustré la richesse des échanges au sein de la communauté réunie autour de oFFFcourse.

Dans un environnement fiscal en mutation rapide, ces rendez-vous mensuels permettent de prendre du recul, confronter les analyses et transformer l’actualité en décisions éclairées.
La densité des informations, la qualité des intervenants et l’interactivité avec le public confirment la place de ces émissions comme un point de repère pour les professionnels du chiffre.

Car, plus que jamais, comprendre l’actualité fiscale ne suffit plus : il faut aussi la décrypter collectivement.


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